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De nombreuses variantes de guerre électronique ayant pour base la cellule du Mi-8T, puis celle du Mi-8MT, ont été développées. Ces versions sont classables en trois catégories principales : renseignement, contre-mesures électroniques et poste de commandement volant. Autant de modèles qui ont été observés au sein du GFSA, la plupart clairement identifiés, d'autres restés peu documentés et certains totalement inconnus, sans doute jamais repérés ailleurs.

Les perturbateurs

Cochstedt Les hélicoptères de contre-mesures électroniques ont pour mission la protection des formations d'avions et d'hélicoptères opérant sur la ligne de front en brouillant les radars de détection et d'interception (GCI), les systèmes de défense sol-air, et les centres de commandement, de contrôle et de communication (C³). L'auteur Russe Sergey Bourdine nous donne les chiffres suivants (nous assumons que ces derniers sont valables pour une machine comme le Mi-8PPA) : l'efficacité d'un seul hélicoptère protégeant un groupe d'appareils volant à une altitude située entre 500 et 1000 mètres approchait 100% à une distance de 20 à 70 km des radars ennemis. Cette dernière diminuait de 50% à une distance de 10 à 20 km. Mais c'est par groupe de deux ou de quatre que les hélicoptères de CME opéraient généralement. Cela correspond d'ailleurs au nombre de machines que l'on retrouvait au sein des escadrons autonomes d'hélicoptères de combat et de contrôle basés en RDA. Le puissance des systèmes de CME avait forcément des effets adverses pour ses propres utilisateurs. L'avionique du vecteur s'en trouvait affectée, de même que les communications avec le groupe d'appareils à protéger, celles-ci étant réduites à un rayon d'environ 5 km. Lors des exercices en RDA, les plateformes de CME utilisaient d'ailleurs des fréquences de communication inhabituelles.
C'est au début des années soixante que les premiers hélicoptères soviétiques transformés afin de mener à bien des missions de contre-mesures électroniques firent leur apparition. Il s'agissait de Mi-4MK "Hound" qui emportaient une suite électronique baptisée "Mayak-3" (Balise). Plusieurs exemplaires de ces appareils ont été basés en RDA (voir > Les Mi-4). Bien entendu, l'entrée en service du Mi-8T allait voir ce dernier transformé en diverses plateformes spécialisées, dont des appareils de guerre électronique.

Mi-8SMV Mi-8SMV La première variante de contre-mesures électroniques semble avoir été le Mi-8SMV en 1971. Désigné "Hip-J" par l'OTAN (1), il emportait une suite SPS-88 "Smal'ta-V" (d'où la terminaison SMV) destinée à protéger l'aviation frontale en brouillant les systèmes de guidage des missiles sol-air et en particulier ceux du MIM-23 "Hawk." Peu nombreux, ces appareils étaient néanmoins bien connus des services de renseignement occidentaux grâce aux rapports des gardes frontières ouest-allemands qui signalaient à intervalles réguliers leur présence en maraude le long du rideau de fer. Le Mi-8SMV avait l'apparence d'un Mi-8T ordinaire dépourvu de ses pylônes d'armement. Cependant deux boîtiers rectangulaires étaient montés symétriquement de chaque côté des flancs du fuselage, derrière le troisième hublot (le second à droite, vu l'absence du hublot avant) et après le dernier. Un déflecteur était monté derrière l'antenne avant (réception) et devant l'antenne arrière (émission). Le quatrième hublot à droite était occulté par une plaque métallique, de même que parfois le dernier à gauche; dans ce dernier cas une trappe articulée était présente. Il s'agissait peut-être de logements pour des lance-leurres. La perturbation des radars à émission continue se faisait en renvoyant leurs propres signaux, tandis que les radars à émission pulsée étaient soumis à un brouillage direct. Les contre-mesures se faisaient alternativement depuis le côté gauche et le côté droit de l'hélicoptère selon sept directions différentes et sur dix fréquences. Le système pouvait fonctionner pendant quatre heures d'affilée. Selon l'auteur aéronautique Piotr Butowski, les Mi-8SMV-PG modernisés utilisés lors du conflit de 2008 avec la Géorgie, permirent de réduire la portée des systèmes de guidage des missiles sol-air Bouk-M1 et S-125 de moitié (de 25-30 km à 10-15 km).

Mi-8SMV Mi-8SMV Le complexe "Smal'ta" (Smalt, un pigment bleu) - qui ne demandait la présence que d'un seul opérateur à bord du Mi-8SMV - fut testé d'abord au sol (2) en conditions réelles et avec succès dans la vallée de la Beqaa au Liban en 1972. Sergey Bourdine précise que le complexe fut placé sur un terrain surélevé surplombant l'entrée de la vallée, dans la zone démilitarisée occupée par la Syrie. Une batterie Hawk israélienne protégeait la vallée contre les incursions fréquentes d'appareils syriens. Les opérateurs soviétiques du système "Smal'ta" attendaient qu'un Hawk soit tiré pour lancer le brouillage qui perturbait alors la course du missile qui finissait au sol ou détruit par son système d'auto-destruction. En 1982, faisant suite à l'invasion du Liban par les troupes israéliennes, quelques Mi-8SMV ainsi que des Mi-8PPA furent détachés en Syrie où ils formaient le 100è Détachement autonome d'hélicoptères de guerre électronique (100.OVO REB) basé à Mezzeh, au sud-ouest de Damas (voir > Lien (3) / > Photos). Si l'on en croit le lien mentionné précédemment, le détachement syrien - dont la dotation a certainement varié au fil du temps - fut rapatrié en 1988 et l'essentiel du matériel transféré au 292.OVE REB dont nous reparlerons, puisqu'il s'agissait de l'unité où étaient affectés tous les Mi-8SMV présents en RDA. On notera toutefois que plusieurs machines (apparemment des Mi-8PPB) semblent avoir été stockées directement à leur retour. Certaines ont en effet été photographiées à Gorelovo, au siège du centre de révision (ARZ) n°419 (> Lien) toujours décorées de leurs marquages syriens qui ne semblaient pas avoir été retouchés - cependant, au moins un appareil avait été remis aux couleurs soviétiques.

Mi-8PPA Mi-8PPA Une autre variante de combat électronique vit le jour en 1973-74. Il s'agissait du Mi-8PP (Postanovschik-Pomekh ou Brouilleur). "PP" était en fait la compression d'une désignation qui aurait dû inclure l'initiale du système de brouillage baptisé "Pole" (Champ). Afin de pouvoir embarquer cette suite, deux grands carénages rectangulaire dotés d'une importante trappe de maintenance étaient montés sur les flancs du fuselage, ce qui entraînait la disparition des troisièmes et quatrièmes hublots. A priori, une série de six échangeurs thermiques destinés à refroidir l'électronique, était fixée sous le fuselage, derrière la jambe de train avant. Toujours à priori, ce modèle jouissait d'un brouilleur "Fasol'" comme le Mi-8PPA décris ci-dessous. Si tel fut bien le cas, il ne devait pas y avoir de différence extérieure entre un modèle PP et un modèle PPA. C'est la version suivante, appelée Mi-8PPA (Postanovschik Pomekh Azaliya) et connue à l'ouest sous le nom de code "Hip-K" qui, en principe, a été observée en RDA. Entré en service au début des années quatre-vingt (un membre d'équipage anonyme prétend sur Internet avoir volé sur cette version dès 1978), le Mi-8PPA emportait un complexe de contre-mesures "Azaliya" qui consistait en un système de brouillage SPS-63 ou SPS-66. Ces équipements d'un poids de 200 kg prenaient place dans les mêmes carénages latéraux que ceux du Mi-8PP. C'est le même complexe qui équipait déjà les Tu-16E Azaliya de l'Aviation à long rayon d'action.

Mi-8PPA Mi-8PPA Les appendices externes du système de brouillage SPS-5M2 "Fasol'" (haricot vert) qui équipait également le "Hip-K," lui donnaient toute sa personnalité : outre les gros renflements latéraux et six échangeurs thermiques en position ventrale, la présence des antennes dipoles cruciformes du Fasol' conférait au Mi-8PPA son inégalable apparence d'hélicoptère équipé de "ventilateurs" ! Le montage de cet ensemble d'antennes avait entraîné la suppression du dernier hublot. D'autre part, les lances-fusées de signalement habituellement montés sur le flanc de la porte de soute en demi-coquille gauche avaient été déplacés au-dessus du cinquième hublot à gauche. On retrouvait par ailleurs le complexe "Fasol'" à bord de divers types d'appareils tels que les Tu-16E, Tu-22P, Yak-28PP ou Su-24MP. On remarquera que le boîtier doppler DIV-1 n'était pas monté sous la poutre de queue des "Hip-K" stationnés en RDA.

Mi-8PPA Mi-8PPA Les Mi-8PPA bénéficiaient d'une autonomie supérieure grâce aux réservoirs de carburant de grande capacité de 1140 et 1030 litres (voir > la première partie de ce chapitre). Un marche-pied avait été ajouté sous la porte d'accès latérale à l'avant gauche, sans doute afin d'éviter que l'équipage ne prenne appui sur l'échangeur thermique situé sous la porte quand il montait à bord ! Un seul opérateur était responsable de l'ensemble de guerre électronique, portant le total de l'équipage à quatre hommes. Il était assis à droite, derrière la cloison du poste de pilotage et une seconde cloison dotée d'une porte centrale le séparait du compartiment électronique (photos de l'intérieur d'un Mi-8PPA > 1 / 2). Les Mi-8PPA étaient normalement équipés d'un déflecteur situé au-dessus de la partie postérieure des carénages latéraux. Il s'agissait de protéger le matériel contre les gaz chauds d'échappement (> Photo d'un Mi-8PPA avec déflecteurs - également présent sur la photo du Mi-8MTPI en bas à droite). Mais force est de constater qu'en général, les hélicoptères observés au cours des années 80 et encore actuellement, en sont rarement équipés et ce critère n'est sans doute pas valable pour distinguer un modèle PP d'un modèle PPA. Le système de contre-mesures "Azalée" visait à perturber les radars de détection terrestres dans les bandes de fréquences centimétriques et décimétriques à l'aide d'un émetteur d'une puissance variant de 150 à 250 watts. Le rayonnement de ce dernier était de 360° en azimuth et 180° en élévation. L'utilisation du complexe était possible pendant dix heures en continu.

Mi-8PPA Console de l'opérateur des systèmes ECM d'un Mi-8PPA. © DR

ECM operator console of a Mi-8PPA. © DR
Mi-8PPA Aucun récepteur n'étant utilisé pour identifier les menaces, le système balayait toutes la gamme de fréquences disponible par pas de 240 MHz et la durée de brouillage de chaque pas variait de manière anarchique. Le "Fasol'" s'en prenait quant à lui aux radars d'acquisition et de guidage travaillant dans les bandes de fréquences métriques. Il s'agissait d'un émetteur sélectif de 20 watts qui brouillait les fréquences ennemies identifiées. Le balayage de la gamme de fréquences sélectionnée se faisait par pas de 20 MHz. Lors du conflit avec la Géorgie en 2008, les Mi-8PPA auraient affecté les radars de recherche géorgiens en faisant passer leur portée effective de 300 à 30-50 km. Les premières observations occidentales de Mi-8PPA en RDA concernaient les hélicoptères du 292è Escadron autonome d'hélicoptères de guerre électronique - littéralement de combat radio-électronique - (OVE REB pour Otdel'naya Vertoletnaya Eskadril'ya Radioelektronnoy Borb'y) basés à Allstedt depuis 1981. Cet escadron particulier était subordonné aux VVS plutôt qu'à l'Aviation de l'armée et il prenait ses ordres auprès du QG de la 16.VA. En mai 1985, l'unité fit mouvement à Cochstedt où elle resta stationnée jusqu'à son retrait en juillet 1992. En outre, quelques Mi-8PPA faisaient partie des effectifs de trois des cinq escadrons autonomes d'hélicoptères de combat et de contrôle (OVE BU) affectés aux cinq armées terrestres (4). Les Mi-8SMV et les Mi-8PPA opéraient de concert lors d'exercices d'opérations ou d'assaut aériens. Un "Hip-J" faisant office de leader communiquait à un "Hip-K" les périodes pendant lesquelles il fallait brouiller les fréquences, selon un planning précis. La distance entre les hélicoptères et la zone d'opérations variait de 50 à 70 km et l'altitude ne dépassait pas 3000 mètres. Lors de missions de support visant à couvrir les phases de décollage et d'atterrissage des avions, la distance maximale était de 30 km à une altitude variant entre 900 et 1200 mètres. Parfois, les Mi-8PPA opéraient en solo.

Mi-8MTPI Mi-8MTPI C'est à Cochstedt que les Mi-8PPA et les Mi-8SMV (respectivement sept et huit exemplaires + un Mi-8T) du 292.OVE REB purent être répertoriés par les spotters européens après la chute du mur. Ainsi, la dotation récente de l'escadron semblait bien connue, mais c'était sans compter sur le rapport annuel pour 1985 de la USMLM. On pouvait en effet y voir la photo ci-contre à gauche, qui illustre en apparence un Mi-8PPA. Mais les indications concernant ce cliché mentionnaient qu'il s'agissait d'une cellule de "Hip-H" - donc de Mi-8MT - alors que comme nous l'avons vu, les "Hip-K" étaient basés sur des cellules de Mi-8T. D'autre part, un examen plus approfondi de l'image permettait de distinguer en partie une antenne en forme de boomerang devant les antennes du système "Fasol'." Nous sommes par ailleurs parvenus à dénicher une seconde photo d'un appareil identique à Cochstedt (ci-dessus, à droite). Outre l'antenne boomerang, on distingue également un carénage triangulaire derrière celle-ci, en lieu et place du cinquième hublot. Ces hélicoptères qui semblent bien avoir été affectés au 292.OVE REB étaient des Mi-8MTPI - P pour Postanovschik-Pomekh et I pour Ikebana (école d'art floral japonaise) - parfois appelés Mi-8PPI en unité. Cette variante était très similaire extérieurement au Mi-8PPA avec ses carénages latéraux, les antennes du système "Fasol'" et les échangeurs thermiques. Mais, outre les caractéristiques externes de la cellule Mi-8MT (voir > la troisième partie de ce chapitre), ce sont les antennes en forme de boomerang du complexe "Ikebana" montées devant celles du brouilleur "Fasol'" qui la trahissaient à coup sûr. Cependant, la suite "Ikebana" n'était pas qu'un appareillage de contre-mesures électroniques; il pouvait également être utilisé dans le cadre de missions de renseignement ELINT, faisant de fait du Mi-8MTPI une machine multi missions nécessitant vraisemblablement un opérateur supplémentaire. Tout comme le Mi-8PPA, cette version était équipée de grands réservoirs de carburant. Les Mi-8MTPI ne semblent être restés en Allemagne occidentale que quelques mois avant d'être rapatriés peu avant les évènements de la fin des années quatre-vingt.
Si certaines des machines décrites ci-dessus ont été retirées du service et démantelées, d'autres ont, au contraire, été révisées et sont toujours actives aux côtés de nombreuses variantes plus récentes. Ainsi, les Mi-8SMV sont devenus des Mi-8SMV-PG suite à l'adoption d'une nouvelle suite ECM SPS-88PG baptisée "Smal'ta-PG."

notes

(1) L'OTAN identifiait en fait deux versions de Mi-8SMV le "Hip-J1" et le "Hip-J2." Le "Hip-J1" correspond aux photos qui illustrent cet article.
     Cette version avait des déflecteurs de forme rectangulaire devant ou derrière les carénages d'antennes carrés. Sur la version J2, ces derniers avaient
     une forme semi-cylindrique. Toutefois, il n'existe aucune photo connue illustrant cette variante ayant servi dans les rangs du GFSA.
     Tout au plus peut-on spéculer que la photo centrale visible sur cette > page représente peut-être un "Hip-J2."
(2) Lire le renvoi bas de page et le texte qui s'y rapporte dans la cinquième partie de l'article Vu de l'Ouest : les batteries Hawk.
(3) Les photos qui illustrent ce lien (prisent à Gorelovo) semblent montrer un Mi-8PPB équipé avec une suite "Bizon."
     Photo d'un appareil complet > Ici.
(4) C'était du moins la situation début 1991. Il s'agissait des unités suivantes :
     - 6.OVE BU, Hellerau, 1.GvTA, 2 helicoptères
     - 9.OVE BU, Neuruppin, 2.GvTA, 4 helicoptères
     - 296.OVE BU, Mahlwinkel, 3.OA, 2 helicoptères


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