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Yak-28PP 2.AE Le 931.OGRAP a connu une mutation importante en 1986. Il était alors composé de deux escadrons, le premier volant sur différentes variantes du MiG-25RB et le second sur Yak-28R. Mais en juin, les Yak-28R furent envoyés à Welzow où ils rejoignirent ceux du 11.ORAP local en vue de leur retrait d'Allemagne. Les derniers Yak-28R présents en ex-RDA quittèrent Welzow le 2 juillet 1986. Toujours en juin, les Yak-28PP du troisième escadron du 11.ORAP quittèrent quant à eux Welzow pour rejoindre Werneuchen où ils reconstituèrent le second escadron du 931.OGRAP. Ainsi, cette unité devint de fait un régiment mixte de reconnaissance et de guerre électronique (pour une description des Yak-28PP, se reporter à la première page consacrée au 11.ORAP). De plus, le 931.OGRAP allait voir s'adjoindre un troisième escadron de guerre électronique, prenant en charge au cours des semaines suivantes, douze MiG-25BM - dont certains figurant parmi les derniers construits - et trois MiG-25RU, les ultimes appareils de l'escadron se posant à Werneuchen fin 1986.

MiG-25BM MiG-25BM Les MiG-25BM(Bombardirovchtchik Modifikatsirovaniy - Bombardier Modifié) "Foxbat-F" étaient les seuls appareils dont disposait directement la 16.VA, spécifiquement dévolus à la détection et à la destruction des sites radars et des batteries de missiles sol-air, ainsi que des postes de commandement enterrés. Pour des raisons à la fois logistiques et de conversion opérationnelle, ces appareils furent affectés aux diverses unités de reconnaissance équipées de MiG-25. De plus, les escadrons de reconnaissance de ces régiments fournissaient les informations nécessaires quant aux objectifs à traiter par les MiG-25BM. Un escadron de MiG-25BM était également basé à Brzeg en Pologne, où il opérait au sein du 164.OGRAP, tandis qu'un troisième et dernier escadron volait au sein du 10.ORAP à Chtchoutchine en Biélorussie. Soulignons toutefois que les missions de type SEAD (Suppression of Enemy Air Defences) n'étaient pas nouvelles et ne reposaient pas uniquement sur les épaules des MiG-25BM. Tout d'abord, les Su-17M2 et M3 (et certains Su-17M modernisés) ainsi que les Su-24 pouvaient tirer des missiles anti-radar Kh-28 (AS-9 "Kyle"). Les Su-17M2/M3 devaient emporter un pod de désignation Metel'-A (Blizzard) et les Su-24 un conteneur Filin-N (Chouette) plus tard monté en interne. Ensuite, les MiG-27D/M/K, les Su-17M3 et M4 de même que les Su-24M emportèrent des missiles anti-radar Kh-25MP et Kh-27PS (AS-12 "Kegler" - désignation identique pour ces deux missiles). Les MiG-27D/M/K et les Su-17M3/M4 devaient utiliser un conteneur de désignaion externe V'youga (Tempête de neige) et les Su-24M un conteneur Fantasmagoriya (Fantasmagorie) afin d'être en mesure de tirer ces armements.

C/N MiG-25RU Développé à partir de 1976, sur base de la version de reconnaissance et de bombardement du “Foxbat” (une cellule de MiG-25RBV "Foxbat-B" fut convertie en banc d'essai) et produit entre 1982 et 1986 à Gorki en seulement une quarantaine d'exemplaires, le MiG-25RBM alias Article 02M ou 66 (1) - désigné MiG-25BM en unité - avait été conçu en vue de mettre en oeuvre le missile anti-radar Kh-58 (AS-11 "Kilter") (2). Comme équipements internes spécifiques, le MiG-25BM embarquait une chaîne très complète de moyens de détection et de contre-mesures électroniques baptisée Yaguar (Jaguar), laquelle avait nécessité un allongement du nez de 20 cm. Celle-ci comprenait un système de contrôle et de désignation d'objectifs Sytch-M (Hibou), un complexe de brouillage électronique actif SPS-151 OJ Siren-1D-OJ (Lilas) et un module passif générateur de bruit SPS-135 Lyoutik (Renoncule), ceux-ci assurant le brouillage des radars de défense terrestres et enfin un détecteur d'alerte et de localisation radar SPO-15LM Bereza-LM (Bouleau) qui prévenait le pilote lorsqu'il était pris pour cible par un radar terrestre ou aérien. De plus, selon la philosophie soviétique, les têtes chercheuses modifiées PRGS-58M (Passivnaya Radiolokatsionnaya Golovka Samonavedeniya - guidage radar passif) des missiles faisaient partie intégrante de ce système d'armes. Le complexe "Jaguar" fonctionnait en conjonction avec la suite de navigation modifiée Peleng-2M adaptée à la programmation des paramètres nécessaires aux missiles anti-radar. De surcroît, les avions étaient équipés du système ELINT Tangaj leur permettant de remplir également des tâches de reconnaissance électronique notamment le long de la frontière interallemande. Afin de tenter de masquer la véritable nature de ces appareils, le nez des MiG-25BM était recouvert d'une peinture gris foncé destinée à leur donner l'apparence d'intercepteurs, impression que leurs quatre pylônes alaires tendait à renforcer. Le MiG-25BM pouvait emporter jusqu'à quatre missiles anti-radar sous ses ailes (lors de la conception, seulement deux missiles avaient été prévus) ou une combinaison de missiles et de bombes (jusque huit bombes FAB-500M-62AT). Le nombre de Mach maximal avec les missiles était limité à 2,38. C'est la variante Kh-58U du "Kilter" qui était emportée par les "Foxbat-F." Celle-ci était construite essentiellement en titane et elle avait été conçue afin de pouvoir résister à un échauffement cinétique de l'ordre de 400 à 500°C. Les pilotes sélectionnés pour voler sur "Foxbat-F" suivaient le Cours d'emploiement au combat de l'aviation de reconnaissance (Kours Boyevoy Podgotovki Razvedyvatel'noy Aviatsii) auquel s'ajoutaient les spécificités relatives au MiG-25BM. Lors des premières formations, ce sont des Kh-58 "sans suffixe" d'entraînement qui furent proposés en raison d'une pénurie de Kh-58U. Cependant, ces Kh-58 utilisés par d'autres types d'appareils comme le Su-24 étaient limités à une vitesse inférieure à Mach 1,5 et par conséquent, ils ne purent pas être utilisés pour l'entraînement.

MiG-25BM MiG-25BM Les MiG-25BM devaient pénétrer les défenses anti-aériennes adverses essentiellement sans entrer dans leur zone létale. D'ailleurs, si il avait été nécessaire d'attaquer l'OTAN, les objectifs auraient été proches de la ligne de front. Ainsi, l'approche du territoire ennemi se serait faite au-dessus des lignes amies. Aussi, décollages et atterrissages étaient protégés par l'aviation de chasse. A l'issue d'une reconnaissance dans la zone à traiter, les données adéquates étaient entrées dans les différents systèmes des MiG-25BM comme par exemple le complexe de navigation Peleng. Le vol de transit vers les cibles était accompli à haute altitude, jusqu'à une distance de 200 à 60 kilomètres des objectifs (200 km étaient considérés comme étant la distance opérationnelle maximale acceptable, bien que des tirs furent réussis jusque 300 km lors des essais avec la variante Kh-58U. Cependant, tirer d'aussi loin, c'était courir le risque de mettre à plat les batteries au cadmium-nickel du missile avant que ce dernier ne puisse atteindre sa cible). Le verrouillage de l'objectif était possible jusqu'à une distance de 400 km.

MiG-25BM Décollage de Werneuchen du MiG-25BM n°76. © MLM.

MiG-25BM n°76 taking off from Werneuchen. © MLM.
Les têtes des missiles existaient en quatre versions différentes, adaptées aux fréquences radar à traiter et elles étaient de plus insensibles aux contre-mesures électroniques. Chacune étant programmée séparément, l'emport simultané de plusieurs variantes était possible. Le système Sytch-M permettait de détecter les radars actifs et de sélectionner leurs signaux, relayant ainsi les données concernant les cibles sélectionnées vers les missiles. Ces derniers étaient attachés à des adaptateurs AKU-58 (Aviatsionnaya Katapoul'tnaya Oustanovka ou littéralement système aérien d'éjection) fixés sous les pylônes alaires. Au moment du tir, les missiles Kh-58U étaient d'abord écartés de l'avion par deux bras déployables intégrés aux AKU-58, à l'aide d'air comprimé. Ainsi, on évitait des dégâts à l'avion porteur au moment de l'allumage du moteur du missile et surtout, le risque de décrochage d'un réacteur suite à l'ingestion de gaz lors du tir, était éliminé. Le lancement s'effectuait aux environs de Mach 2,35 maximum depuis une altitude comprise entre 17.000 et 21.000 mètres. Le moteur fusée fournissait une poussée de 6 tonnes pendant 3,6 secondes, tandis que le missile accélérait en montée ou au contraire en piqué en fonction de la distance à laquelle ils avait été tiré. Ensuite, la propulsion passait en mode "économique" lorsque la poussée diminuait simplement en brûlant du propergol solide d'un calibre différent dans une chambre de combustion plus petite. La poussée n'était plus que de 1 tonne pendant 15 secondes.

Kh-58 Le complexe Yaguar fonctionnait selon plusieurs modes. Ainsi, lorsque les coordonnées de la cible étaient connues, la tête PRGS-58M visait les coordonnées programmées mais elle se verrouillait sur le radar visé si ce dernier était actif. Si les émissions de ce dernier cessaient après qu'il ait été verrouillé, les Kh-58U, de type "Fire and Forget" (Tire et Oublie) atteignaient quand même leur objectif car ils pouvaient garder en mémoire pendant 15 secondes les dernières coordonnées enregistrées. Les "Kilter" devenaient autonomes après le tir, ce qui rendait le pilote libre de manoeuvrer ou de faire demi-tour. Le piqué final vers l'objectif avait lieu sous un angle de 45°. La charge de 149 kg dont 58,5 kg d'explosifs (3) des missiles explosait jusqu'à cinq mètres au-dessus de leur cible ou à l'impact.

MiG-25BM Les escadrons de MiG-25BM se rendaient régulièrement à Akhtoubinsk pour y effectuer des tirs réels. Les missiles atteignaient toujours leur cible, même lorsque les simulateurs Blesna (Appât) dupliquant les signaux radar des batteries Hawk, Improved Hawk ou Nike Hercules étaient éteints - mais bien sûr, tout cela ne se déroulait pas sur un théâtre d'opération réel. Quelques MiG-25BM vus à Werneuchen arboraient d'ailleurs sur la partie supérieure de leur manche à air réacteur gauche de petites rangées d’étoiles rouges symbolisant les tirs réussis. D'autre part, une campagne de bombardement annuelle se tenait également sur le polygone de Louninets en Biélorussie.
Le 931.OGRAP et ses avions allaient rapidement faire les frais de la politique de désarmement unilatérale engagée par Moscou et des bouleversements intervenus en Europe à la fin des années quatre-vingt.

MiG-25BM Le démantèlement du 931.OGRAP escadron par escadron commença avec les Yak-28PP du 2.AE qui quittèrent Werneuchen en juillet 1989 pour rejoindre le 118.OAPREB (Otdel'niy Aviatsionniy Polk Radioelektronnoï Bor'bi - Régiment autonome d'aviation de guerre électronique) sur l'aérodrome de Tchortkov en Ukraine. En juillet 1990, les MiG-25BM furent rapatriés à Chtchoutchine (Biélorussie) où ils furent attribués au troisième escadron du 151.OAPREB. Ce dernier régiment avait quitté son ancienne base située à Brzeg en Pologne un an plus tôt au mois d'août 1989. Le premier escadron était composé des anciens MiG-25BM du 164.OGRAP (également originaires de Brzeg), tandis que le second escadron était équipé de Yak-28PP. Ainsi, tous les MiG-25BM des unités de combat (une poignée d'exemplaires sont passés par Akhtoubinsk, Lipetsk et Joukovskiy) se sont retrouvés à Chtchoutchine, où était également stationné le 10.ORAP dont les trois escadrons étaient alors respectivement équipés de MiG-25RB, Su-24MR et MiG-25BM. Tous les MiG-25BM ont finalement été envoyés au centre de maintenance de Baranovichi, où ils furent détruits entre 1992 et 1995 dans le cadre des accords sur la réduction des armements conventionnels en Europe (traité CFE) (4).
Un exemplaire (n°44) était à Zaporojié afin d'y subir des modifications. Il y a survécu jusqu'à nos jours (2013). Un autre survivant connu est l'ancien n°78 du 931.OGRAP qui est préservé au musée de Borovaya au Belarus > LIEN. Une troisième machine (n°43) est préservée dans le musée d'une base aérienne du Nord Causase > LIEN.

Kh-58

notes

(1) L'existence de deux numéros d'article pour un seul type d'appareil s'explique par la culture du secret et l'utilisation de numéros différents par le constructeur et les VVS. Le MiG-25R avait également deux numéros d'article différents : 02 et 55.
(2) Le Kh-58 aurait été déclaré bon pour le service au début des années quatre-vingt. Sa portée maximale était de 120 km. C'est cependant la variante suivante, le Kh-58U qui est réellement devenue opérationnelle avec les MiG-25BM au milieu des années quatre-vingt. Disposant d'une tête modifiée et d'une portée maximale augmentée à 250 km, cette version fut développée afin de pouvoir être emportée par d'autres types d'appareils comme les Su-17M3 et M4 qui devaient utiliser un conteneur externe V'youga-14 afin de pouvoir désigner leurs objectifs. Les Su-24 et Su-24M utilisaient également ce missile en complément avec un pod Fantasmagoriya disponible en différentes variantes selon les radars à traiter. La vitesse des Su-17 et Su-24 armés de deux Kh-58 au maximum était limitée à Mach 1,5. La plage de tir du missile avec ces vecteurs était très différente de celle des MiG-25BM qui lançaient leurs missiles depuis l'altitude minimale de 17.000 mètres afin d'accroître leur portée ainsi que la distance d'acquisition des cibles. La portée du missile était de 40 km quand il était largué à 200 mètres d'altitude, 70 km à 5000 m et 100 km à 10.000 m. Le missile était également compatible avec d'autres appareils qui sortent du cadre de ce site.
Le "Kilter" a été très diversement apprécié par les services de renseignement occidentaux, faisant même craindre l'utilisation de ce dernier en tant qu'arme anti-AWACS !
(3) Il existait également des missiles Kh-58 armés d'une charge nucléaire TK-57-08. Y en avait-il à Werneuchen ?
(4) D'après Anatoly Karavan, ancien pilote du 931.OGRAP qui a également participé à la liquidation des MiG-25BM, aucun appareil de ce type n'a jamais été livré à l'étranger. Contrairement à ce qui est affirmé dans certains articles occidentaux et jusqu'à preuve du contraire, il n'y a donc jamais eu de MiG-25BM en Irak.


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