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M6 Une cible M6 accrochée sous le ventre d'un MiG-23UB tchécoslovaque paré pour une mission au-dessus de la Baltique. D'un diamètre de 28 cm, elle mesurait un peu plus d'un mètre de long et pesait 98 kg. © S.Rogl.

A M6 target under the belly of a Czechoslovak AF MiG-23UB ready for a new mission over the Baltic Sea. It was a little bit more than one meter long with a diameter of 28 cm. The weight was 98 kg. © S.Rogl.
Il n'était pas indispensable d'avoir recours aux remorqueurs pour pratiquer le tir de missiles air-air, car certaines cibles spécifiques à ce type d'entraînement pouvaient également être emportées par des avions de chasse. Ces dernières ressemblaient à s'y méprendre à de l'armement ! L'une d'elle était la cible freinée M6 qui avait les formes et le volume d'une bombe classique de 100 kilos, mais avec des empennages réduits à leur plus simple expression - un Il-28 dépourvu de treuil pouvait en emporter jusqu'à dix dans sa soute à bombes et deux sous les ailes. Après larguage, ces objectifs descendaient doucement - 3 à 15 mètres par seconde, soit 11-54 km/h - sous un parachute-frein de 36m² en émettant un puissant rayonnement infrarouge d'une intensité de deux millions de bougies généré par un système interne de combustion lent, offrant ainsi une cible de choix pour les missiles à autodirecteur infrarouge. Libérée depuis une altitude pouvant aller de 2.500 à 17.000 mètres - des rapports d'écoute occidentaux mentionnaient des Il-28 larguant une cible à 12.000 mètres - à la vitesse de 750 à 1200 km/h, ce dispositif pouvait brûler pendant 195 secondes minimum.

M6 Sous le parachute, un filet réflecteur et un corps métallique offraient une signature radar équivalente à celle d'un bombardier moyen, permettant ainsi le tir de missiles à guidage radar. Un MiG-21 pouvait "voir" l'objectif depuis une distance de 20 km et tirer un missile R-3S à 5 ou 8 km. Plutôt résistante, la cible M6 était capable, dans le meilleur des cas, d'encaisser jusqu’à deux missiles.

Un autre type de cible fit les beaux jours des ufologues de tout poil le 24 août 1990, lorsque plusieurs points lumineux apparemment stationnaires furent observés et filmés par de nombreuses personnes dans la région de Greifswald. D'aucuns virent même une boule lumineuse se rapprocher de la formation principale, pour disparaître une fois arrivée à sa hauteur. En fait, un missile fonçant sur une cible et dont le moteur s'arrêta faute de combustible peu de temps avant d'atteindre son objectif apparemment sans exploser !

SAB-250-200 Si les crédules veulent continuer de croire à un phénomène inexpliquable, c'est le général Tarasenko lui-même qui, quelques années plus tard lors d'une interview donnée à une chaîne de télévision allemande, a confirmé l'utilisation de cibles cette nuit-là au-dessus de la Mer Baltique (ces dernières et le tir du missile peuvent être visionnés ici : lien 1 - lien 2). Les recoupements des observations (voir lien 3) indiquent que la zone d'apparition des pseudos OVNI correspondait au bord de l'extrémité sud du polygone de tir air-air - occupé ce jour-là par l'aviation tchécoslovaque (qui eut ainsi l'honneur d'effectuer ce qui fut sans doute la toute dernière session de tirs sur ce polygone). Toutefois, l'observation attentive des videos tournées à cette époque semble démontrer que ce ne sont pas des cibles à proprement parler qui ont été utilisées, mais des bombes éclairantes (SAB, Svetyachtchaya Aviatsionnaya Bomba - bombe d'aviation éclairante) conçues pour éclairer le sol lors de bombardements nocturnes. Il aurait pu s'agir de modèles SAB-100MN/MP (ces derniers utilisaient la même enveloppe externe que la cible M6), SAB-250-200, SAB-250T ou encore SAB-500-350.

SAB A l'avant-plan, une torche et son parachute provenant d'une bombe SAB-250-200, celle d'une SAB-100MN en arrière-plan et enfin celle d'une bombe SAB-250T au centre. © 'Secrets of the Soviet Airbase' museum, Berekfürdo, Hungary - www.soviet-airforce.com

A torch and its parachute from a SAB-250-200 flare bomb in the foreground, one from a SAB-100MN in the background and finally, one from a SAB-250T between them. © 'Secrets of the Soviet Airbase' museum, Berekfürdo, Hungary - www.soviet-airforce.com
Chaque bombe libérait après son larguage sept dispositifs éclairants qui descendaient sous un parachute individuel (voir le schéma ci-contre à gauche). Le déploiement des dispositifs en question suivait la chronologie suivante : après larguage de la bombe, une amorce mécanique ou électronique allumait une charge de cordite au bout de quelques secondes afin d'éjecter le couvercle arrière de la bombe. Ce processus était aidé par le déploiement d'un petit parachute extracteur derrière le couvercle. Ce dernier entraînait lors de son éjection l'ouverture des parachutes extracteurs des dispositifs éclairants qui avaient déjà été allumés automatiquement, lorsque le couvercle de la bombe s'était détaché. Ensuite, le parachute extracteur des torches déployait progressivement le parachute principal de ces dernières qui se consumaient durant cinq minutes.

SAB L'inexpliquable expliqué ! Les sept torches d'une bombe éclairante SAB le 24 août 1990 au-dessus du polygone de tir air-air de la 16.VA.

The unexplainable explained! The seven torches of a SAB flare bomb on August 24, 1990 over of the air-to-air firing range of the 16.VA.
Mais pourquoi les Tchécoslovaques ont-ils utilisé ces bombes - à priori plus faciles à "abattre" par des missiles IR car constituant plusieurs sources de chaleur - plutôt que des cibles dédiées (encore que pour les missiles anciens utilisés lors des tirs réels, il est probable que cette formation de sept sources IR ait été interprétée comme étant une seule entité) ? Parce que disponibles en plus grandes quantités ? Si les documents ou témoignages relatifs à ce type d'utilisation pour des bombes éclairantes semblent quasi inexistants, nous avons néanmoins trouvé un texte russe qui précisait que lors des expérimentations de tir de missiles air-air depuis des Mi-24, de telles bombes ont bien été utilisées comme objectifs (1).

Une autre cible en usage était le projectile inerte R-3P (Prakticheskaya), dérivé du missile Vympel K-13 (AA-2 "Atoll"). Les avions porteurs emmenaient généralement des missiles bons de guerre en plus des R-3P. Le leader tirait d'abord un R-3P, tandis que son ailier l'abattait. Ensuite, le processus était inversé, l'ailier tirant à son tour un R-3P et le leader un missile actif. Il était possible de lancer un missile jusqu'à 25 secondes après le départ d'un R-3P.

MiG-21bis MiG-23M

Une affectation de rêve

Flightline En prélude au retrait annoncé des Il-28, un exemplaire du 65.OBAE fut convoyé par le pilote de Première classe Oleg Kozlov à Altes Lager durant l'été 1986, pour y servir de cellule d'instruction technique (2). Les appareils de cet escadron étaient retirés du service au mois de novembre suivant pour être remplacés par douze MiG-23M et UB - le choix du MiG-23M était sans doute une mesure intérimaire en attendant l'entrée en service d'une machine plus adaptée. L'origine de ces appareils reste sujet à caution. Tout au plus, pouvons nous constater qu'une carcasse de MiG-23M originaire du 35.APIB de Zerbst était présente dans le dépotoir de Damgarten en 1992. Le 74.OBAE fut quant à lui dissous également en novembre 1986. La composition du 65.OBAE changea avec l'arrivée des "Flogger". Elle était constituée de deux sections (Aviazveno) plus une troisième section indépendante (le 125.OBAZ) composée d'éléments de feu le 74.OBAE. Les MiG-23M utilisaient des cibles M6 (tel était le cas pour entraîner les marins à Swinoujscie), des cibles planantes (sans doute des PM-6), ainsi que des roquettes lance-paillettes de type S-5P - elles produisaient une signature radar faisant office de cible - qui étaient emportées par de classiques conteneurs UB-32. Enfin, à Wustrow, les MiG-23 servaient uniquement de cibles miroir (3).

Les "Flogger" du 65.OBAE ne pratiquaient pas le remorquage de cibles. Ces appareils ne sont pas restés en service très longtemps, car leur retrait intervenait déjà en novembre 1989 lorsque les avions furent convoyés et stockés sur l'aérodrome de Step (Olovyannaya) en Sibérie. Le 25 novembre, deux Su-25 du 357.OChAP de Brandis rejoignirent le 65.OBAE pour que les pilotes puissent s'entraîner sur cette nouvelle monture. De plus, un biplace neuf Su-25UB (n°50) fut convoyé d'Oulan-Oudé à Damgarten au mois d'avril suivant. C'est au début du mois de mai 1990 que le 65.OBAE réceptionna dix nouveaux Su-25BM tracteurs de cibles porteurs de codes jaunes en provenance de Tbilissi en Géorgie (n°01-06 / 08-11). Le Su-25UB resta en ligne avec l'unité, tandis que les deux Su-25 provenant de Brandis furent envoyés à Ovroutch en Ukraine pour y être stockés. Le remorquage de cibles aurait dû reprendre avec ces nouveaux appareils, mais les treuils TL-70 qui auraient été emportés sous leur voilure ne furent pas livrés à temps. Les Su-25BM étaient aptes à l'emport de cibles telles que les PM-6. On notera que des L-39C ont également été observés à Damgarten aux côtés des Su-25BM. Nous ignorons cependant si ces avions étaient attachés au 65.OBAE ou détachés du 368.OChAP de Demmin. Aussi, au plus tard fin juillet 1990, deux nouveaux Su-25BM rejoignirent quant à eux directement le 368.OChAP. Contrairement aux pratiques réglementaires habituelles, ces derniers furent livrés dépourvus de codes et ils reçurent par après les n°16 et 17. En octobre 1990, les avions du 65.OBAE étaient redéployés à Demmin et le personnel de l'escadron réparti entre le 357.OChAP et le quatrième escadron du 368.OChAP (4). Le 65.OBAE était en effet dissous dans la foulée le premier novembre 1990. Les codes jaunes des avions seront repeints (et parfois changés) en rouge afin de les mettre en conformité avec ceux du 368.OChAP. Conséquence de l'arrivée des anciens appareils du 65.OBAE à Demmin, plusieurs Su-25 du 368.OChAP furent transférés à Brandis où ils remplacèrent vraisemblablement les machines ayant le moins de potentiel restant.

With special thanks to Oleg Kozlov for his unstinting help

 Su-25 ex-65.OBAE PHOTO PAGE 
Il-28 WRECKS PHOTO PAGE 
notes

(1) En avril 2012, des bombes éclairantes SAB-250T et SAB-250-200 emportées par des Su-27 ont été utilisées comme cibles lors de l'exercice "Ladoga-2012". Ces bombes ont d'ailleurs causé un émoi similaire à celui de l'affaire de Greifswald (notamment dans les forums dédiés aux OVNIs où la plupart des intervenants s'obstinnent au-delà de toute raison à croire en leurs chimères) car certaines furent observées et filmées de nuit par des habitants de Saint-Pétersbourg, alors qu'elles descendaient très loin au-dessus du lac Ladoga ! Il est donc clair que l'usage de bombes éclairantes dans le cadre d'exercices d'entraînement au tir de missiles air-air n'avait rien d'exceptionnel.
(2) Une photo aérienne datant de 1990 montre un Il-28 parqué devant des bâtiments à Lärz. S'agit-il d'un second Il-28 ou du même appareil qui fut livré à Lärz plutôt qu'à Altes Lager ?
(3) L'avion faisant office de cible était accroché par un radar de l'unité de tir. Un second radar répétait l'echo de cet avion mais avec des coordonnées différentes. C'est vers ce second écho fictif ou miroir, que les obus ou les missiles étaient tirés. Un dispositif spécial permettait d'évaluer si l'objectif avait été atteint. Schéma de principe > ICI.
(4) Andrey Kojemyakine, spécialiste des Su-25 et auteur de d'ouvrage en deux volumes intitulé "Chtourmovik Su-25, En action depuis 30 ans" (Chtourmovik Su-25, Tridtsat' Let v Stroyou) nous précise qu'en 1989, de nombreuses unités furent dissoutes et par conséquent, beaucoup de pilotes se retrouvèrent sans avions. C'est ainsi que fut prise la décision de créer un quatrième escadron au sein de plusieurs régiments, tandis que le nombre d'appareils en service avec ces mêmes unités restait identique. Les pilotes en surplus des 4è escadrons volaient donc sur les avions des trois escadrons constitutifs d'un régiment traditionnel. Il n'est pas certain que le 357.OChAP de Brandis se vit attribuer un escadron supplémentaire. Ce fut par contre le cas à Demmin, dont le 4è escadron fut formé en novembre 1989 selon les directives officielles.


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