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C'est en mai 1946 que la première unité de remorquage de cibles mise à disposition des régiments de chasse de la 16.VA, fut activée sur l'aérodrome de Köthen. Elle utilisait alors des bombardiers américains Douglas A-20 Boston convertis en remorqueurs de cibles. Ces appareils, reçus durant la Grande Guerre patriotique dans le cadre du programme "Lend Lease," se verront attribuer le nom de code "Box" par l'OTAN. Les avions déménagèrent en 1951 pour Stendal, avant de faire à nouveau mouvement la même année pour Schönefeld. Les appareils identifiés à cette époque comme faisant partie de l'unité étaient du type A-20, Tu-6 et La-5. En 1954, l'unité faisait à nouveau mutation, cette fois-ci vers Brand. Si les Tu-6 "Bat" étaient encore actifs, les premiers Il-28 "Beagle" firent leur apparition.

Le 74ème Escadron autonome d'aviation de remorquage (Otdelnaya Bouksirovochnaya Aviatsionnaya Eskadriliya) fut stationné avec ses Il-28 à Parchim entre 1954 et 1982 - s'agissait-il de la même unité que celle dont nous avons précédemment décris les périgrinations ? Ses appareils étaient entretenus à Brand où était basé le 277.BAP, lui-même équipé de "Beagle", mais dans leur version standard de bombardement. Le 74.OBAE ne devait quitter Parchim qu'en 1982 pour aller se poser à Damgarten. Un second escadron, le 65.OBAE, fut quant à lui cantonné à Stendal à partir de 1958. Cette unité volait également sur Il-28 et possédait également deux Lisounov Li-2 "Cab" également assignés aux tâches de remorquage de cibles. Des Yak-25RV "Mandrake" ont également été observés à Stendal à cette époque. Nous ignorons toutefois si il s'agissait de modèles "RV" de reconnaissance (le 931.OGRAP était lui aussi basé à Stendal durant la même période) ou si il s'agissait de modèles "RV-I" utilisés comme plastrons afin d'entraîner les pilotes de chasse à l'interception d'intrus volant à haute altitude, tels les Lockheed U-2. Les Yak-25RV-I se différenciaient par la présence d'un traceur placé à l'arrière sous le gouvernail de direction. Quelques appareils de ce type auraient été affectés au 773.IAP de Damgarten en 1962. Notons au passage qu'il exista également un drone-cible désigné Yak-25RV-II.

Le numéro 34 rouge du 65.OBAE sur la ligne de vol de Damgarten. En arrière-plan, un Yak-28R probablement de passage. © O.Kozlov.

Bort 34 of the 65.OBAE on Damgarten flightline, next to a visiting Yak-28R. © O.Kozlov.
Le 65.OBAE quitta Stendal pour Oranienburg en 1971. Il abandonna finalement cette plateforme située au nord de la périphérie berlinoise, pour rejoindre Damgarten en 1977. C'est ainsi qu'en 1982, lorsque le 74.OBAE s'envola pour Damgarten à son tour, l'ensemble des moyens de remorquage de cibles se retrouva consolidé sur une base unique avec un seul type de machine réparti en deux escadrons autonomes - directement subordonnés au commandement de la 16.VA - composés de douze appareils chacun. Le regroupement de ces escadrons spécialisés au bord de la Mer Baltique allait permettre d'exploiter pleinement les polygones de tir air-air et sol-air situés au large. Cet aérodrome du Mecklembourg accueillait par ailleurs régulièrement des unités soviétiques en provenance des autres pays du Pacte de Varsovie pour des campagnes de tir. Au total, pas moins de cinq champs de tirs soviétiques et est-allemands étaient répartis le long des côtes de la Mer Baltique.

Il-28 Wustrow On trouvait un premier polygone soviétique à l'ouest : le champ de tir de Wustrow, situé à l'est de la ville de Rostock, était essentiellement utilisé pour l'entraînement des servants de l'artillerie anti-aérienne et des systèmes de missiles sol-air. Plus à l'est, au large de Damgarten et de Barth, la péninsule de Zingst était le siège d'un champ de tir de la NVA désigné "Zone de tirs aériens n°1" (Luftschießzone 1 - LSZ 1) qui était divisé en deux secteurs. Le premier était localisé à Zingst (Gefechtsstand 1) - à l'est - et le second dans le "Mecklenburger Bucht" (Gefechtsstand 2) - à l'ouest (voir la carte au bas de cette page). L'artillerie anti-aérienne s'entraînait au tir direct entre autres contre des cibles tractées par des Il-28 des LSK/LV (qui furent ensuite remplacés par des L-39V) et des An-2 dans le secteur ouest. Des MiG-21 et des MiG-23 servaient également de cibles "miroir" (1) dans le secteur est. Ce dernier, qui abritait la zone vie, devint également à partir de 1974 le lieu de casernement d'une unité de formation à la mise en oeuvre des systèmes de missiles sol-air (FRAZ 40 - Fla-Raketenausbildungszentrum - Centre d'entraînement de missiles anti-aériens). Des fusées sondes atmosphériques y furent également lancées à partir du début des années 70 (la dernière étant tirée le 10 avril 1992).

Kozlov Crew Il-28U Il existait une troisième zone de tirs plus petite tout près de la base aérienne de Peenemünde. On peut encore trouver de nos jours dans les "Peenemünder Haken," près de la côte, des carcasses de bateaux (dont de vieilles péniches de débarquement est-allemandes déclassées) qui firent jadis office de cibles pour les appareils des différentes composantes aériennes de la NVA. De plus, ces dernières s'avérèrent utiles lors d'exercices menés par le pacte de Varsovie, comme par exemple pendant "Waffenbrüderschaft 80," quand les bateaux furent attaqués par des bombardiers lourds venus d'Union Soviétique. Signalons également la présence d'un autre petit champ de tir air-sol situé à proximité. Ce dernier, utilisé par les appareils du JG-9 de Peenemünde, était implanté à l'est, entre l'aérodrome et le côte. Un quatrième polygone exclusivement destiné aux tirs air-air etait à disposition des avions de chasse soviétiques (2), des appareils appartenant aux LSK/LV (qui désignaient la zone LSZ 2) et des chasseurs de l'aviation tchécoslovaque qui y envoyait quelques avions une fois par an (vols aller-retour sans escale). Il était implanté à l'est de l'île de Rügen. Le cinquième polygone, était réservé à l'entraînement des canonniers de marine soviétiques - moins appréciés par les équipages des remorqueurs à cause de leur propension à ouvrir le feu trop tôt - ainsi que par ceux la marine est-allemande. Il était situé entre la ville polonaise de Swinoujscie (Swinemünde) au nord, juste à la frontière avec l'Allemagne de l'Est et Ueckermünde au sud.

Wustrow, zone interdite

Mi-2 ZSU-23 La presqu’île de Wustrow devint un site d’entraînement pour l'artillerie anti-aérienne dès 1934. Un aérodrome en herbe d'une superficie de 1000 x 1000 mètres disposant d’un accès à la mer pour des hydravions y fut également aménagé. Le remorquage de cibles était notamment effectué par des Junkers W34 équipés avec des flotteurs et des Ju-52. Le site fut de nouveau activé à des fins identiques par les soviétiques après la guerre. De plus, une unité d’artillerie côtière fut casernée à Wustrow jusqu’à la fin des années 50. La NVA pratiqua elle aussi le tir anti-aérien depuis la presqu'île avant de déplacer ces activités à Zingst vers la fin de la même décennie. Quelques Li-2 furent observés à Wustrow en 1959 et sans doute assuraient-ils le remorquage des cibles. Quoi qu’il en soit, l’aérodrome ne sera plus actif au cours des années suivantes. Néanmoins, un point d’atterrissage pour hélicoptères (le
n°253) y sera créé. Curieusement, près de 20 appareils s'apparentant à des leurres représentant des avions et des hélicoptères ont été déployés sur l’ancien aérodrome à un moment donné. Il en existe une preuve photographique datant des années 80 (ci-contre). Il est probable qu'il s'agissait de maquettes représentant des appareils de l'OTAN en vue d'instruire les conscrits. On retrouvait en effet ce type de cellules, qu'il s'agisse de matériel aérien ou terrestre, notamment sur différents champs de manoeuvre. Outre les classiques canons de DCA, les véhicules chenillés anti-aériens (ZSU-27, ZSU-23-4) s’entraînaient également au tir à Wustrow. Les canons visaient aussi bien des cibles aériennes (remorquage, PM-6) que des cibles terrestres ou maritimes. Dans ce dernier cas, les objectifs étaient tractés par des bateaux qui évoluaient parfois jusqu’à huit kilomètres des côtes. Tout trafic maritime était interdit dans un rayon de 15 kilomètres à la ronde. On pouvait aussi trouver à Wustrow une piste d’entraînement pour blindés et une zone d’exercice pour l’infanterie. Par la suite, un centre de formation pour les militaires utilisant des systèmes SAM y fut également implanté. Les plages de Wustrow auraient aussi été utilisées dans le cadre d'exercices d'entraînement au débarquement. Lors du retrait d'Allemagne, des navires de débarquement furent d'ailleurs utilisés afin d'évacuer du matériel. La zone vie était située à Rerik, à l’est de la presqu’île.
De plus, divers éléments de la Flotte de la Mer Baltique ont été stationnés à Rerik-Wustrow de 1946 jusqu'à la fin. L'essentiel fut constitué par des unités contrôlant la navigation maritime - notamment après la guerre, lorqu'il fallait éviter les champs de mines. Un enclos séparé de la zone vie disposant de ses propres clôtures et d'un poste de garde était éclairé pendant la nuit. Il abritait les installations de la marine : locaux, radars, radios et radio-balises. Il s'agissait sans doute également d'un point de support pour les activités d'écoute électronique. Le côté obscur de Wustrow ne s'arrêtait pas là. La deuxième brigade spéciale de reconnaissance des services de renseignement militaire soviétique ou GRU, y avait en effet établi ses quartiers.

Essentiellement d’après Rote Plätze par S.Büttner et L.Freundt (AeroLit) & Die verbotene Halbinsel Wustrow par Edelgard et K.Feiler (Ch.Links).

Des MiG-21bis du 515.IAP de Tököl (Hongrie) lors d'une campagne de tir à Damgarten en 1984. © A.Timokhin.

MiG-21bis of the 515.IAP from Tököl (Hungary) seen in 1984 at Damgarten during a firing camp. © A.Timokhin.
Ce MiG-21bis du 515.IAP était equipé au-dessus du viseur tête haute d'un petit boîtier destiné à la mise en oeuvre d'une bombe nucléaire tactique, ainsi que d'un pylône ventral BD3-66-21N destiné à recevoir cette dernière. A noter également le missile-cible R-3P sous l'aile droite. © A.Timokhin.

This MiG-21bis of the 515.IAP was equipped with a switchbox above the HUD that was used to drop a tactical nuclear bomb. A dedicated BD3-66-21N pylon for a nuclear bomb was attached under the fuselage. Note also the R-3P target missile under the right wing. © A.Timokhin.

Organigramme 65.OBAE - 65.OBAE organization

Extrait d'un film tourné à Damgarten, nous permettant d'observer la perche (courte) de remorquage d'un Il-28. Les canons NR-23 de la tourelle de queue étaient déposés. © O.Kozlov.

Close up on the short towing boom of a Damgarten based Il-28. The NR-23 tail turret guns were removed. © O.Kozlov.
Les Il-28 remorqueurs de cibles qui travaillaient aussi bien au profit des unités terrestres qu'aériennes, étaient issus des modèles de bombardement standard et de reconnaissance Il-28R (ces derniers se distinguaient grâce à leurs réservoirs montés en bouts d'ailes). Les avions modifiés étaient des Il-28 Bouksirovchtchik Micheney (Remorqueurs de Cibles), mais, contrairement à certaines affirmations, ils n'ont jamais pris la désignation d'Il-28BM. Les équipages étaient composés de façon similaire à ceux des autres "Beagle" : un navigateur (Chtourman) dans le nez vitré, le pilote (Pilot) et le mitrailleur-opérateur radio (Vozdouchniy Strelok-Radist) dans la tourelle de queue qui faisait office d'observateur du système de remorquage. Ces appareils emportaient dans leur soute à bombes un treuil BLT-5 ou BLM-1000M. Celui-ci permettait de bobiner un câble de 1.800 mètres de long pour un diamètre de 5 mm ou un câble de 3 mm faisant 4.000 mètres de longueur. Les appareils de Damgarten déployaient habituellement une longueur de 1.000 à 1.800 mètres de câble.

PM-6 PM-6 Quelques cibles PM-6 de la NVA furent testées par la Luftwaffe. Celle-ci était accrochée sous l'aile d'un F-4F du centre d'essais de Manching. © WTD 61.

Some former NVA PM-6 targets were tested by the Luftwaffe. This one is seen under the wing of a F-4F of the Manching test center. © WTD 61.
Les deux canons NR-23 de 23 mm de la tourelle caudale étaient démontés et une longue perche repliable vers le haut au repos s'articulait à la base de celle-ci. Il existait deux modèles de perche - longue et courte - vraisemblablement adaptées au type de cible à tracter. Rabattu vers le bas, cet utstensile peu banal était destiné au tractage, en phase de décollage et d'atterrissage d'une cible 7BM-2M ressemblant à une aile delta surmontée d'une dérive ayant une forme et une surface identique à l'une de ses ailes, ou encore une cible PM-3J qui avait l'aspect d'un long corps fuselé surmonté à l'arrière par une dérive carrée surdimentionnée. Une paire d'ailes rectangulaires à fort allongement occupait l'emplacement traditionnel des empennages horizontaux absents et un petit train d'atterrissage tricycle permettait le décollage depuis la piste. Une fois en vol, la cible pouvait être déconnectée de la perche de remorquage et tractée via le câble. Un coupe câble était présent dans la soute à bombes afin de sectionner ce dernier si une cible trop endommagée au comportement erratique empêchait l'enroulement du câble. Ces cibles tractées étaient destinées aux tirs sol-air.
Les "Beagle" pouvaient également emporter sous leurs panneaux d'ailes externes, des cibles planantes PM-6R et G, qui se présentaient sous l'aspect de bombes possédant des empennages aux surfaces fortement augmentées. Ces cibles réutilisables destinées à simuler des bombardiers en piqué ou des bombes planantes, mesuraient 3M74 de long pour une envergure de 1M14 et un poids de 141 kg. Elles offraient une signature radar équivalent à celle qu'aurait pu générer un MiG-17 et disposaient de fumigènes afin d'augmenter leur visibilité. Largué habituellement depuis une altitude de 6.000 à 8.000 mètres, cet objectif descendait sous un angle de 35 à 70 degrés à une vitesse de 200-220 mètres par seconde (720-790 km/h). Le temps de vol était de 40 à 45 secondes avant que ne s'ouvre le parachute de récupération entre 750 et 1.000 mètres.

Une partie de la video d'où sont extraites des photos illustrant cette page est visible > ICI.

map

notes

(1) L'avion faisant office de cible était accroché par un radar de l'unité de tir. Un second radar répétait l'echo de cet avion mais avec des coordonnées différentes. C'est vers ce second écho fictif ou miroir, que les obus ou les missiles étaient tirés. Un dispositif spécial permettait d'évaluer si l'objectif avait été atteint. Schéma de principe > ICI.
(2) Des unités soviétiques stationnées dans les "pays frères" effectuaient parfois des campagnes de tir depuis Damgarten. Deux exemples connus sont le 114.IAP de Milovice (CSFR) sur MiG-23M ou le 115.IAP de Tököl (Hongrie) sur MiG-21bis en 1984.
Les appareils de la 4.VA en Pologne étaient des visiteurs plus réguliers du champ de tir air-air (pas d'atterrissage à Damgarten) :
- 159.GvIAP "Novorossiysk" de Stargard-Kluczewo (Mig-21MF puis Su-27 dès mai 1987)
- 582.IAP de Chojna (Mig-21SMT puis Su-27 en 1989-1990)
- 871.IAP de Kolobrzeg-Bagicz (MiG-23M), transféré à Brzeg et rééquipé avec des MiG-23MLD
Le contôle aérien était assuré depuis Barth (indicatif Model). Lorsque les Tchécoslovaques occupaient le polygone, un contrôleur de même nationalité assurait la permanence.
La surveillance de la zone de tir relevait de la responsabilité d'un Antonov 26 du 226.OSAP qui opérait depuis Damgarten pour l'occasion.
Le 82 Aviatsionniy Poligon gérait le champ de tir.


Les remorqueurs de cibles > Part 2

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