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Tu-16P Un Tu-16P Bouket "Badger-J" saisi au décollage à Oranienburg en mai 1980. © USMLM.

A Tu-16P Buket "Badger-J" taking off from Oranienburg in May 1980. © USMLM.
Des unités aériennes tactiques soviétiques stationnées dans les pays du pacte de Varsovie ainsi que d'autres provenant des "pays frères" (essentiellement Pologne et Tchécoslovaquie) étaient déployées régulièrement sur les aérodromes de RDA, ou visitaient les champs de tir locaux. Pour les Soviétiques, ces visites se traduisaient principalement par des campagnes de tir air-air au-dessus de la Mer Baltique ou par des tirs air-sol sur les polygones de tir terrestres, tandis que les visiteurs des autres pays du pacte de Varsovie se déplaçaient le plus souvent à l'occasion de grands exercices interalliés comme "Waffenbrüderschaft" (fraternité des armes). En outre, les Tchécoslovaques utilisaient également le champ de tir air-air au large de l'île de Rügen (voir > Les remorqueurs de cibles). Mais d'autres visiteurs plus inattendus venant directement d'URSS se rendaient de manière régulière en Allemagne de l'Est : les bombardiers lourds de la Dal'nyaya Aviatsiya (Aviation à long rayon d'action, ce qui peut s'interpréter ici par aviation stratégique) et ceux de la composante aérienne de la Marine soviétique (Aviatsiya Voyenno-Morskogo Flota - AVMF). Ces visites pouvaient prendre des aspects différents : exercices de navigation, déploiements temporaires ou encore un raid sur un champ de tir avec ou sans atterrissage en RDA. A l'exception de quelques témoignages d'origine soviétique, les informations disponibles sur ces activités restent succinctes et sont surtout issues des services de renseignements occidentaux. Les appareils engagés au cours des années 1960-1980 étaient des Toupolev Tu-16 "Badger" de différentes versions, des Tu-22 "Blinder" de plusieurs modèles, des Tu-22M2 "Backfire-B" et des Tu-22M3 "Backfire-C." En pleine guerre froide, les Tu-22M2/M3 étaient désignés erronément Tu-26 à l'Ouest.

Tartu Tartu Des bombardiers, souvent issus de la 46.VA de Smolensk (1), rejoignaient la RDA assez régulièrement dans le cadre d'exercices de navigation à longue distance. Ils approchaient par paires de l'espace aérien est-allemand en venant du nord, le long de la côte de la Mer Baltique en passant successivement sous le contrôle aérien de Gdansk, Kolobrzeg et Damgarten. L'altitude de vol se situait à 9450 ou 10500 mètres. Trois scénarios étaient alors possibles:
- demi-tour et retour vers l'est
- descente vers le sud aux ordres de Wittstock, virage à l'est sous le contrôle successif de
   Werneuchen, Poznan, Varsovie... (ou inversément remontée vers le nord)
- descente vers le sud aux ordres de Wittstock, Zerbst, Altenburg, Milovice (CSSR) et cap à l'est (ou inversément remontée vers le nord)

Gross Dölln Lors de ces deux derniers itinéraires, les bombardiers suivaient parfois une trajectoire en dents de scie, absolument incompréhensible au premier abord. Pourtant, lorsque l'on tirait une droite au niveau du point de virage, on trouvait immanquablement des stations radar de l'OTAN (2) implantées sur le territoire ouest-allemand. Tandis qu'un appareil était susceptible de tirer un missile anti-radar, le second assurait la protection électronique du raid. Le but était d'aveugler les défenses de l'OTAN et de créer ainsi de véritables couloirs de pénétration (3). Mais peut-être s'agissait-il simplement de faire passer les radars du mode "standby" au mode recherche afin de recueillir leurs caractéristiques (voir > "Blinder sur Berlin"). D'autre part, des centres industriels étaient également ciblés lors de ces trajectoires particulières. Des survols - avec descente à 300 m - pouvaient intervenir au-dessus du polygone de tir situé à Wittstock, mais pas nécessairement en effectuant un lâcher de bombes. Le Colonel de la Garde Valeri Tamarovski, commandant du 20.GvAPIB à Gross Dölln entre 1989 et le début de 1993, mentionnait dans une correspondance que des Tu-22[M] visitaient régulièrement Gross Dölln à l'occasion d'exercices de navigation. Les appareils restaient quatre à six heures sur place ou y passaient la nuit - s'agit-il d'une allusion relative à l'épisode relaté dans "Blinder sur Berlin" ? - avant de repartir.

Certaines missions visaient à tester l'état d'alerte des forces du pacte de Varsovie. Un ancien membre d'équipage de la 57ème Division d'aviation de missiles maritimes (Morskaya Raketnaya Aviatsionnaya Divisiya - MRAD) stationnée à Bykhov au Belarus, décrit de la manière suivante l'une de ses missions : « Il y avait beaucoup de vols réalisés afin de tester le niveau de préparation de la PVO. Nous volions sur Tu-16 (puis Tu-22) et nous sondions aussi l'état d'alerte des forces de défense aérienne du pacte de Varsovie. Un dimanche au soir, nous avons mis le cap au sud dans un ciel sans nuages. Silence radio et IFF déconnecté. Par précaution, la radio était branchée sur le canal 1 [124.000 MHz - canal commun du pacte de Varsovie pour le trafic aérien militaire] et le canal 3 [130.750 MHz - canal commun du pacte de Varsovie pour l'entraînement] afin de pouvoir communiquer avec la chasse le cas échéant. Nous avons survolé la Roumanie, Bucarest, la Bulgarie (Sofia, indicatif "Vrajdebniy" - Tolboukhine "Omega" - Graf Ignatievo "Blokada"), nous sommes passés près de Budapest, puis Prague, pour nous diriger finalement vers Berlin (indicatif du poste de commandement de la 16.VA "Aldan"), Damgarten ("Melodrama") et enfin Varsovie, Kaliningrad et Bykhov où nous avons atterri à cinq heures du matin. Bilan : Roumanie, silence; Bulgarie, silence; les Tchécoslovaques ont demandé le décollage d'un QRA mais nous avons traversé leur espace aérien depuis le sud en huit minutes et ils n'ont pas eu le temps de décoller; les Allemands... Ordres concis, décollage sur alerte et guidage précis, mais ils ne nous ont pas intercepté, nous étions déjà en Pologne. Quand nous sommes arrivés à Mamonovo (Kaliningrad), quatre à six intercepteurs de la PVO nous attendaient à notre altitude. Manifestement, l'oncle Sacha avait téléphoné à l'oncle Vanya pour communiquer notre heure d'arrivée estimée. »

Gross Dölln Au cours de sa construction au début des années cinquante et pendant les années qui suivirent (1952-56), la base aérienne de Gross Dölln avait été spécialement aménagée afin de pouvoir accueillir des bombardiers lourds en déploiement (4). Une grande plateforme à l'origine physiquement compartimentée pour recevoir six Tu-16 était disponible au sud de l'extrémité est de la piste principale (3500 x 80 mètres - la plus longue piste de RDA), orientée est-ouest. A l'extrémité sud de la seconde piste de réserve (2500 x 60 mètres) orientée NNE/SSO, il y avait six zones supplémentaires de desserrement spécialement aménagées pour accueillir autant de bombardiers. Des déploiements sur divers terrains de la 16ème Armée aérienne pouvaient intervenir parfois à hauteur d'un régiment par terrain, soit de 20 à 30 appareils. Ainsi, une division de bombardement (Tu-16 et Tu-22M) s'est dispersée autour de Berlin en mai 1985, sur les terrains de Werneuchen, Brand et Gross Dölln, soit environ 60 à 80 bombardiers. Outre les bombardiers, des appareils AWACS Iliouchine-Beriev A-50 "Mainstay" ont également été observés en RDA de temps à autre, notamment à Damgarten, mais également à Lärz, où une machine était parfois mise en place lors d'exercices au profit de l'aviation de chasse. Ces avions volaient à l'époque au sein du 67.OAE DRLO depuis Zoknyai (Siauliai) en Lituanie (où ils remplacèrent les Tu-126 "Moss" à partir de 1984), mais ils rejoignaient aussi les cieux allemands depuis l'aérodrome de détachement à Jourjevo (Smolensk) où était basé le 339.VTAP avec des Il-76.

Un été en Pologne...
Fin mai ou début juin 1980, je préparais mes examens universitaires. Un bel après-midi chaud et ensoleillé, j'étais assis dans ma chambre avec un livre de droit dans les mains, quand soudain j'entendis le bruit de réacteurs. A cette époque, voir des jets voler à basse altitude n'avait rien d'inhabituel, même au-dessus des grandes villes et j'aimais regarder ce qui se passait. Mon attention fut davantage attirée quand le bruit se rapprocha. Il était bien plus fort que celui qu'aurait fait un "Fishbed" solitaire en patrouille. Je suis sorti sur mon balcon qui fait face à l'est. J'ai vu beaucoup d'autres personnes qui criaient et gesticulaient depuis le balcon de leur appartement, pointant les bras vers l'ouest. Soudain, j'eu une vision à peine croyable : trois silhouettes de Tu-16 "Badger" dans une formation delta parfaite, à peine plus haut que 1000 mètres au-dessus de ma tête. Ils se dirigeaient vers l'est, lentement et majestueusement. Peu après, deux autres appareils surgirent derrière. Ils volaient avec tous leurs feux allumés, très près l'un de l'autre et je pouvais voir qu'ils étaient reliés ensemble par un tuyau ! "Ravitaillement en vol !!!" criais-je excité comme un gamin. Nombre de mes voisins sachant que j'étais passionné d'aviation, certains me demandérent : "Que se passe-t-il ? Est-ce la guerre ?". Non, répondis-je, simplement un groupe de bombardiers stratégiques russes qui rentrent d'un exercice en Allemagne de l'Est. Je leur dis d'apprécier le spectacle comme une démonstation aérienne gratuite et de ne pas avoir peur. Oui, je sais que ma ville natale de Torun est située un peu au nord de la traditionnelle "autoroute Berlin-Moscou", mais que représente cette distance pour des bombardiers lourds ? Juste quelques minutes de vol ! Je pourrais répéter cette histoire solennellement devant un tribunal si un jour on me le demandait. Milosz Rusiecki.
- L'aérodrome ainsi que le pays d'où sont partis ces Tu-16 restent incertains -

Tu-22M3 Tu-22M3

Raid sur Wittstock Blinder sur Berlin

Déploiements connus (5)

> Août 1960 : Tu-16 à Werneuchen
> Juin & août 1961 : Tu-16 à Werneuchen
> Avril 1963 : Tu-16 à Oranienburg
> Août 1965 : deux Tu-16 observés décollant de Grossenhain
> Juillet 1969 : observation de groupes composés de trois Tu-16 larguant des paillettes en aluminium (chaffs) dans la région de Finow.
   27 Tu-16 au total ont participé à cette activité - appareils basés à Finow. Les machines larguant des chaffs étaient manifestement des
   Tu-16 Yelka
> 6 juillet 1972 : bombardement du champ de tir de Wittstock la nuit par des Tu-16 du 132.TBAP venant directement d'URSS
> Août 1974 : Tu-16 de la Flotte de la Mer Baltique (Bychov) à Werneuchen
> Juillet 1975 : Tu-16 de la Flotte de la Mer Baltique (Bychov) à Oranienburg
                         Tu-16 de la Flotte de la Mer Baltique (Ostrov) à Werneuchen
> 1976 : Tu-16 de la Flotte de la Mer Baltique à Oranienburg
> Juillet 1978 : cinq Tu-16 de la Flotte de la Mer Baltique observés à Werneuchen
> 1979 : déploiement annuel de Tu-16
> Mai 1980 : Tu-16 à Oranienburg (quatre Tu-16P "Badger-J" et un Tu- 16 "Badger-A" identifiés)
> Juillet 1983 : premier déploiement de Tu-22M2 "Backfire-B" hors de l'URSS à Gross Dölln
> Juin 1984 : atterrissage de Tu-22K "Blinder-B" du 121.GvTBAP à Gross Dölln et Falkenberg lors des manoeuvres Zapad 84
                      Tu-16 à Finow
> 1985 : déploiement d'une division de bombardiers Tu-16 et Tu-22M. à Werneuchen (juin), Brand et Gross Dölln
> 1987 : Tu-22M3 "Backfire-C" à Falkenberg
> Mars et août 1988 : Tu-22M2 "Backfire-B" à Falkenberg
   A-50 "Mainstay" à Falkenberg en mars (vu en circuit au-dessus des champs de tir de Retzow et Wittstock)
> Avril 1990 : dernier déploiement de bombardiers lourds en RDA à Falkenberg (Tu-22M.)

Tu-22M2 Tu-22M2 Une paire de Tu-22M2 "Backfire-B" survole à basse altitude la côte aux environs de Karlshagen (à l'est de Peenemünde) pour le bénéfice d'Erich Honecker, Chef de l'Etat est-allemand, des généraux et des invités, lors de la conclusion de l'exercice combiné "Waffenbrüderschaft 80". Ces avions provenant probablement de la Flotte de la Mer Baltique étaient équipés de lance-bombes multiples MBD3-U9-68 sous les entrées d'air des réacteurs.
A droite, deux Tu-16 avaient auparavant largué en formation et à basse altitude un chapelet de bombes freinées sur des carcasses de bateaux utilisées comme cibles au lage de Peenemünde (Peenemünder Haken), en prélude à un débarquement sur les plages au nord de Karlshagen. © Armeefilm Studio der NVA.


This Tu-22M2 "Backfire-B" pair was catched while overflying the coast near Karlshagen (east of Peenemünde) for the benefit of the East German Chief of State Erich Honecker, generals and guests, at the conclusion of the "Waffenbrüderschaft 80" combined exercise. These aircraft, probably from the Baltic Fleet, were equipped with MBD3-U9-68 multiple ejector racks under the air intakes.
At right, two Tu-16s flying at low level had previously dropped in formation parachute-retarded bombs on boat wrecks that were used as targets off the Peenemünde coast (Peenemünder Haken), in preparation for an amphibious landing on the beaches north of Karlshagen. © Armeefilm Studio der NVA.
Tu-16
notes

(1) Au début des années 80, la 46.VA comprenait les unités aériennes suivantes :
      - 199.GvOGDRAP : Tu-22R
      - 290.ODRAP : Tu-22R
      - 226.OAP REB : Tu-16P
      - 13/15/22/326.TBAD : Tu-16/Tu-22/Tu-22M2
      Voir la page "Blinder sur Berlin"
(2) Chaîne NADGE : NATO Air Defence Ground Environment
(3) Témoignage d'un opérateur-intercepteur radio de Tegel
(4) Trois autres bases aériennes situées dans les pays du pacte de Varsovie furent également aménagées comme bases avancées pour
      bombardiers lourds : Powidz en Pologne, Mosnov en Tchécoslovaquie et Mezökövesd-Klementina en Hongrie (d'après "Rote Plätze" par L.Freundt
      & S.Büttner - AeroLit).
(5) BRIXMIS - MMFL - USMLM - EES 32/351 - V.Kabanov - "Rote Plätze"


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