La 16.VA comptait dans ses rangs trois types d'unités de bombardement stationnées sur les anciens territoires du Reich en mai 1945.
Les plus nombreux étaient les Régiments d'aviation de bombardement ou BAP (Bombardirovtchniy Aviatsionniy Polk) avec douze unités équipées de Petlyakov Pe-2 et trois de Douglas A-20, opérant sur la ligne de front.
Venaient ensuite les Régiments d'aviation de bombardement à long rayon d'action ou DBAP (Dal'nebombardirovotchniy Aviatsionniy Polk) avec neuf régiments volant sur Toupolev Tu-2, visant les arrières de l'ennemi et, enfin, les Régiments d'aviation de bombardement de nuit ou NBAP (Notchnoy Bombardirovtchniy Aviatsionniy Polk(1)) mettant en oeuvre des Polikarpov
Po-2 au sein de six régiments.
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Le petit biplan de Polikarpov dont le premier vol remontait au 7 janvier 1928 était initialement un appareil d'entraînement comme sa désignation d'origine U-2 (U pour Outchebniy, entraînement) l'indiquait clairement. Il fut décliné en de nombreuses versions tant civiles que militaires et sa production cessa seulement en 1953 en URSS et 1955 en Pologne après que plus de 30.000 exemplaires en aient été produits.
Les U-2, selon leurs versions, ont remplis différents rôles pendant la guerre tels que liaison, évacuation sanitaire, soutien des partisans, correction d'artillerie etc. Mais c'est lors de missions de bombardement et de harcèlement nocturne, mises en exergue par le régiment féminin que les Allemands auraient surnommé "Les sorcières de la nuit" (588.NLBAP devenu 46.GvNBAP le 8 février 1943), que ces avions sont entrés dans la légende.
C'est cependant oublier un peu vite que ce régiment était noyé au milieu de dizaines de régiments similaires...
Ce sont en effet environ 80 régiments de bombardement nocturne - équipés non seulement de U-2, mais également de R-5 et de R-Z - répartis parmi les effectifs de plusieurs divisions de bombardement nocturne qui ont été créés durant la guerre ! (2)
La transformation du U-2 en machine offensive remonte à 1932 (production 1935-36) avec le U-2VVS (VVS pour Forces Aériennes Militaires) également désigné U-2 M-11 (voorouj.), M-11 étant la désignation du moteur Chvetsov de 100cv. Il était armé d'une mitrailleuse fixe PV-1 fixée du côté gauche du fuselage, d'une Degtyarev DA montée sur pivot en place arrière et de lance-bombes placés sous les ailes pour de petits projectiles, largués sur la cible à l'aide d'un viseur AP-2. Il était également susceptible d'emporter un boîtier AFA-1B (ouverture dans le plancher) ou encore de tracter une cible. A partir de 1936, une paire de dérivomètres NV-5bis aidant au positionnement pour le bombardement en vol horizontal furent attachés aux flancs du fuselage au niveau du poste arrière nécessitaient que l'on enlève l'entoilage entre les deux premières nervures des ailes inférieures pour voir le sol. Toutefois, il était facile de réentoiler ou désentoiler suivant l'usage. Un peu plus de 450 exemplaires furent produits par l'usine n°23 de Leningrad. La version du U-2 militaire datant de 1938 pris la désignation U-2VS (Vooroujenniy Samolet - avion armé), mais cette dernière ne doit pas être confondue avec le U-2VS version 1942. Ces avions étaient surtout employés pour l'entraînement au bombardement, au tir et à la photographie.
Plus de 10.000 U-2 civils et militaires avaient été fabriqués lorsqu'éclata la guerre le 22 juin 1941. Les survivants de l'attaque initiale furent pratiquement tous incorporés. Nombre d'entre eux ont subi des modifications sur le terrain ou en atelier pour les rendre aptes au combat. L'improvisation a progressivement mené à un certain degré de standardisation pour donner naissance à la version dédiée U-2VS (modèle 1942), également appelée U-2LNB (Lëgkiy Notchnoï Bombardirovchtchik - Bombardier nocturne léger). Nous nous focaliserons sur le modèle pouvant être qualifié de standard sans s'attarder sur les exceptions ou les petites séries (mitrailleuse fixe, soute à bombes verticale, modèle VOM-1 pour le largage de "sacs incendiaires"...). En l'absence de viseur adapté au bombardement de nuit, c'est toujours le dérivomètre NV-5bis qui fut initialement utilisé, monté sur le flanc droit du fuselage à hauteur du poste arrière, l'entoilage étant retiré entre les nervures d'emplanture de l'aile inférieure. Un simple viseur mécanique développé par l'usine n°387 le remplaça sur les appareils produits par cette entreprise à Kazan. Les appareils issus de lots de production datant du milieu de la guerre étaient susceptibles d'être équipés d'un second viseur monté sur le flanc gauche pour le pilote (mentionné dans le manuel d'instruction sur l'armement datant de 1943). On le remarquera sur deux photos illustrant cet article.
Les U-2VVS étaient équipés de deux paires de rateliers lance-bombes avec des verrous Der-5 sous les ailes pour des projectiles de 32kg. Ces derniers furent remplacés par des Der-7 et une paire supplémentaire de rateliers fut ajoutée sous le fuselage. Fin 1942, l'installation de six Der-7 constituait un standard.
L'armement courant des U-2VS se composait de bombes FAB-100 (3 maximum), FAB-50 (6), AO-25 (6), aisni que de conteneurs BAS-1 (4) avec 20 bombes PTAB-2,5-1,5 à charge creuse et ABKP-100 (2) avec divers chargements de bombes à fragmentation AO, des cartouches incendiaires ZAB-2,5 ou 33 bombes PTAB. Des roquettes RS-82 ou -132 (4 sous chaque aile) étaient également utilisées pour détruire les projecteurs ou la DCA. Des bombes éclairantes SAB étaient employées lorsque l'objectif n'était pas visible. Quand l'estimation des résultats de l'attaque était réalisée de nuit, des bombes flash FOTAB-35 étaient larguées et la cible photographiée avec un appareil NAFA-19. Le poste arrière était armé d'une mitrailleuse ChKAS ou DT de 7,62 mm.
Début 1944, la production des nouveaux U-2VS fut simplifiée grâce à l'introduction de sous-ensembles standardisés. Un meilleur viseur de bombardement produit par l'usine spécialisée n°217 relocalisée à Sverdlovsk fut introduit à partir de juin 1944 sous la désignation NKPB-8. Dès l'été 1942, différents dispositifs visant à atténuer le bruit et cacher les flammes furent ajoutés aux collecteurs d'échappement sur le terrrain avec beaucoup de succès. Différents modèles furent testés par les usines produisant le U-2 et montés sur leurs appareils. C'est le système désigné ChPG-2 qui fut choisi pour être monté en série à partir d'avril 1944. Le U-2VS de 1944 avec un moteur M-11D de 125cv était plus lourd et volait à 134 km/h à pleine charge au niveau de la mer, mais plafonnait à 100 km/h à 1000 mètres d'altitude, tandis que le palfond opérationnel se situait à 1550 mètres. Le U-2 changea de désignation à partir de la mi-1944 après la mort de Nikolay Polikarpov le 30 juillet, devenant le Po-2, affichant ainsi clairement son origine.
Deux divisions de Po-2 de la 16.VA (3), la 9.GvNBAD et la 242.NBAD, avaient atteint le territoire de l'Allemagne en mai 1945.
La première, composée de trois régiments de la garde (les n°23, 44 et 45) était issue de la 271.NBAD qui avait rejoint les rangs de la 16.VA fin septembre 1942 sur le front de Stalingrad. Les missions des régiments ne se cantonnaient pas uniquement au bombardement de nuit. Ainsi, en juillet 1944, c'est essentiellement du carburant et des munitions qui ont été transportés de jour comme de nuit. Le 19 août 1944, la division fut transformée en unité de la garde alors qu'elle était assignée au support de le 8è Armée de la garde qui avait commencé à traverser la Vistule. En septembre, la division était active à l'est de Praga (Varsovie) aux côtés des Po-2VS du 2.NBAP polonais (4). Les appareils de la division larguèrent aux insurgés plusieurs tonnes de nourriture et de munitions attachés aux lance-bombes. Elle participa ensuite aux opérations contre Poznan et à l'assaut final contre Berlin lors de l'offensive Vistule-Oder qui lui vaudra l'ordre du Drapeau rouge. Les pilotes de la division ont mené près de 64.000 sorties au cours de la guerre.
La 242.NBAD fut quant à elle mise sur pied en juin 1942 au sein de la 6.VA. Elle ne rejoindra la 16.VA qu'à la mi-novembre 1944. Ses trois régiments constitutifs (n°661, 717 et 997) se couvrirent de gloire lors de combats en Poméranie occidentale, le 661è régiment étant décoré de l'ordre du Drapeau rouge en mars 1945 pour sa participation active à la capture de Küstrin, tandis que les 717è et 997è régiments recevaient eux aussi l'ordre du Drapeau rouge et le nom honorifique de "Stargard" pour la capture de cette ville. Ces régiments ne sont pas désignés NBAP dans les documents d'époque ( Lien 1, Lien 2), mais plutôt LBAP pour Legko-bombardirovtchniy Aviatsionniy Polk ou Régiment d'aviation de bombardement léger. Pour quelle raison trouve-t-on dans les documents officiels les désignations NLBAP, NBAP et LBAP pour désigner des régiments de bombardement (léger) de nuit souvent équipés de U-2 relève de l'énigme. Quoi qu'il en soit, les régiments de la 242.NBAD étaient bien des unités à vocation nocturne. Ainsi, entre octobre 1942 et décembre 1944, le 661.LBAP a effectué 12163 missions de combat totalisant 11472 heures de vol de nuit et 1469 de jour. Les missions étaient ventilées en 3 catégories principales : bombardement (9973), reconnaissance (1323) et ravitaillement en munitions et missions spéciales (867), soit 1.770.089 kg de bombes, 67.820 cartouches et 7.562.360 tracts. 1077 sorties auront encore lieu entre le 14 janvier et le 12 mars 1945, dont 405 de jour. 77.694 kg de bombes de tout calibre furent larguées et encore 150.000 tracts. 571 de ces missions de bombardement furent réalisées lors du siège de Küstrin, pour un total de 44.928 kg de bombes et de 14.000 kg de munitions incendiaires.
Le séjour en Allemagne des divisions de Po-2 sera de courte durée, puisque la 242.NBAD sera dissoute vers décembre 1945 et la 9.GvNBAP en juin 1946.
Si les unités de bombardement nocturne soviétiques ont disparu avec la fin de la guerre, ce mode opératoire a connu un soubresaut lors de la guerre de Corée lorsque des Po-2 des forces communistes - surnommés fort appropriément "Bedcheck Charlie" - ont repris le même type de missions de harcèlement nocturne. Un Lockheed F-94B "Starfire" sera d'ailleurs perdu en essayent d'abattre un Po-2, trop lent pour lui (décrochage ou collision selon les versions).
notes
(1)
NLBAP, Notchnoy Legko-bombardirovtchniy Aviatsionniy Polk, ou Régiment d'aviation de bombardement léger nocturne, est une désignation plus
ancienne de NBAP. Beaucoup de NLBAP ont été convertis en d'autres types de régiments comme par exemple en ChAP équipés d'Il-2. (2)
Certains seront par après transformés en d'autres types d'unités. Quarante-neuf régiments de bombardement de nuit étaient actifs en janvier 1944
avec près de 1000 U-2. (3)
Deux autres divisions de bombardement nocturne ont participé à l'opération contre Berlin : la 208.NBAD de la 2.VA et la 325.NBAD de la 4.VA.
(4)
Le 2.NBAP "Krakow" fut incorporé le 30 août 1944 à la 1è Division Aérienne polonaise. Ses premiers combats eurent lieu le 11 septembre lors de la
bataille de Praga.
Il exécuta ses dernières missions en mai depuis Retzow.
Le 98.OKRAP s'est également distingué à Praga > Lien.