Face à la longue période de stagnation de la fin de l’ère Brejnev et à la menace de déclassement économique et militaire
qui pesait sur leur pays, le nouveau Secrétaire général et l’équipe de quinquagénaires arrivés au pouvoir avec lui
préconisaient rapidement une restructuration du système soviétique. Celle-ci devait passer par une politique extérieure
moins coûteuse - diminuant d’autant les dépenses militaires - et par l’établissement d’un état de droit véritable (glasnost)
associé à une réforme économique limitée (perestroïka); toutes mesures devant permettre, croyaient-ils, de retrouver les
voies d’une croissance soutenue et d’assurer la pérennité du communisme soviétique.
Dans l’incapacité de suivre Washington dans la course aux armes nouvelles de haute technologie, l'U.R.S.S., par les voix
conjuguées de son Secrétaire général et de son nouveau ministre des Affaires étrangères, Edouard Chevernadze,
contre-attaquait par une très opportune politique de désarmement assortie de mesures de confiance et de sécurité
inimaginables quelques années auparavant. En quelques mois le dialogue s’établissait entre Moscou et Washington pour aboutir,
de 1986 à la fin 1991, à une redistribution complète des relations internationales et des données stratégiques.
Tombait ainsi sur la place publique (pour ne pas dire la place Rouge!)
l’un des plus grands tabous de la société soviétique : la confiscation, au nom d’intérêts étroits et d’une vision paranoïaque
du monde, par l’armée et quelques gigantesques conglomérats industriels travaillant pour la défense d’une part exhorbitante
des richesses produites par l’Union. Malgré l’absence d’instrument d’évaluation économique fiable, les responsables
Soviétiques ont reconnu en 1988 que l’U.R.S.S. consacrait probablement quelque 16% de son produit national brut (PNB) à sa
défense! A titre de comparaison et à la même époque les Etats-Unis affectaient un peu moins de 6% de leur PNB à des dépenses
militaires soit une somme équivalente à environ 24% du PNB estimé de l’Union soviétique... Contraint de consolider son
pouvoir par des transformations politiques de plus en plus profondes, Mikhaïl Gorbatchev suscita alors une série de scrutins
et d'élections toujours plus libres, permettant l'émergence d'une classe politique bénéficiant - fait nouveau en U.R.S.S.
- d'un inconstestable soutien populaire. Aux rangs de celle-ci, un certain Boris Nikolaïevitch Elstine, écarté de la
direction du Parti en 1987 et élu député de Moscou en 1989.
Comme l’avait très justement formulé il y a plus d’un
siècle le grand historien et homme politique français Charles Alexis Clérel de Tocqueville : "L’expérience apprend que le
moment le plus dangereux pour un mauvais gouvernement, c’est d’ordinaire celui où il commence à se réformer". Enorme
structure rigide à l'utopie éteinte, à la violence usée et à la réforme reconnue dangereuse si véritablement engagée, le
socialisme du réel était prêt à se disloquer. Formellement débarassées par Mikhaïl Gorbatchev de la menace d’une répression
violente (la doctrine Brejnev) qui aurait pu mettre à mal ses efforts de rénovation intérieure, les populations d’Europe
centrale étaient prêtes à secouer le joug d’un communisme qui leur avait été imposé par Staline et l’Armée rouge au
lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
Le 9 novembre 1989, soit dix ans - au mois près - après le déploiement des premiers missiles de croisière américains
Pershing II en Europe (les fameux euromissiles), le rideau de fer et son excroissance la plus tangible, le mur de Berlin,
s’écroulaient avec fracas. Un à un, la plupart de ces régimes qui n’avaient de démocratiques et de populaires que le nom, furent
balayés. De cet écroulement général retentissant renaissait en 1990, comme en 1919 et en 1945, la question centrale : quelle
place donner à l'Allemagne réunifiée dans le concert des puissances de cette fin du XXe siècle?